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Canard Enchainé du 3 décembre03
Le juge Van Ruymbeke a découvert de ne nouvelles pépites pourtant bien cachées ...
ON croyait avoir tout vu, et tout lu, notamment dans " Le Canard ", sur la déconfiture d'Air Lib. C'est encore plus beau. Le juge Van Ruymbeke, au terme de quatre mois d'enquête, arrive au décompte, sans doute provisoire, de 37 millions d'euros qui auraient été mis à l'abri par l'ex - patron de la défunte compagnie Jean-Charles Corbet. Soit près du quart des actifs d'Air Lib planqués dans des paradis fiscaux. Et, bien sûr, au nom de Corbet. Celui-ci, mis en examen pour abus de biens sociaux, a rendu une partie du magot - 9 millions d'euros - pour éviter de dormir à l'ombre.
Les investigations judiciaires ont d'abord permis d'y voir plus clair dans la rocambolesque disparition, au début de 2003, des avions d'Air Lib. Lesquels au- raient été mystérieusement barbotes par Erik De Vlieger, ce " Hollandais volant " présenté, un temps, comme le repreneur miracle. La réalité est un peu différente, à en croire les explications fournies au juge d'instruction par l'ancien directeur d'exploitation d'Air Lib Jean-Noël Garnier.
Banque généreuse
" Corbet, a déclaré en substance son ancien collaborateur, avait signé une convention avec De Vlieger prévoyant que celui-ci reversait 15 % du chiffre
d'affaires généré par les avions à une société créée par Corbet à Guernesey, nommée Slat, dont il m'avait proposé la direction technique" . L'avocat de l'ex patron d'Air Lib, Xavier Flecheux, invité à plusieurs reprises à commenter ces accusations, n'a pas jugé utile de répondre au " Canard ".
Corbet avait par ailleurs demandé à une banque canadienne, la CIBC, d'étudier la reprise de la compagnie aérienne. Et, pour cela, lui avait versé des honoraires - environ 7 millions de dollars, que la commission d'enquête parlementaire, au vu du travail accompli par la banque, avait estimés injustifiés. Or le juge vient découvrir que 40 % de somme ont été aussitôt reversés par la CIBC à mystérieux conseiller financier français, établi à Londres. " II a beaucoup aidé à la reprise d'Air Lib par Corbet, et a donc touché des honoraires ", a expliqué au " Canard " son avocat parisien.
Autre découverte du juge : la douzaine de comptes ouverts au Luxembourg par des sociétés établies dans les îles Vierges - paradis fiscal réputé -, appartenant à Corbet et à plusieurs de ses proches.
Mieux encore ! Corbet, qui se voyait déjà à la tête d'un groupe, a ainsi financé la création d'une société d'étude de logiciels de pilotage, dénommée Cursor et dotée de plus de 1 million d'euros siphonné à Air Lib. Il avait aussi tenté de reprendre le fabricant de motos haut de gamme Voxan, ainsi qu'une partie du capital de la Compagnie aérienne nationale "polonaise Lot. Autant de projets qui se sont crashés.
Dernière surprise : Swissair, l'ancien propriétaire d'Air Lib, qui avait versé 160 millions d'euros à. Corbet pour le redémarrage de la boîte, en doit encore quelque 40 millions. C'est la société luxembourgeoise Plegler et Blach qui est chargée de récupérer, en justice, ce pactole. Et comme c'est curieux ! - cette société appartient en sous-main à Corbet.
Hervé Martin

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